Elle dit des espaces dans lesquels elle intervient, "ce que j'apprécie le plus, c'est le vide". Mais que la place du visiteur l'inspire également.
Manon Bellet fait entrer l'un dans l'autre dans ses oeuvres.
En 2004, à la Kunsthalle de Bâle, l'artiste intervient sur toute la hauteur des murs qu'elle badigeonne d'encre bleue, puis dessine ses personnages et fantasmagories au stylo effaceur dans une fresque monumentale.
Déjà elle renverse le plein et le vide. L'encre est l'écran et la ligne effacement. L'année suivante, elle superpose à ses peintures murales une projection aux teintes bleues, rappelant celles de la peinture et renforçant les tracés dessinés sur le mur.
Sur ce jeu de transparences, elle attends que vienne s'imprimer l'ombre portée du visiteur. Effacement, transparence, ombre sont les trois étapes du travail de l'artiste qui disent l'invisible et la puissance de la légèreté.
Et comme pour souligner l'intemporalité de la fresque, en 2006, lors d'une intervention murale à Progr à bern, elle fait couler un rideau d'eau sur le mur enduit d'encre, effaçant ainsi petit à petit le travail.
Que ce soit dans une friche industrielle, pour le temps d'une exposition ou dans les lieux de résidence oû elle est de passage, Manon Bellet laisse des oeuvres en creux, ephémères par essence.
Elle cite Claude Lévêque:" je m'efforce de faire vivre un espace, je cherche à faire partager l'émotion que j'ai engagée dans mon intervention."

Hélène Mariethoz, 2008


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